POTITAMO OU BODHIDHARMA

En 520, un homme habillé comme un barbare du Sud, demande asile et protection au Monastère de la Petite Forêt. Il prétend être le fils aîné de Sughanda, Roi Indien, descendant du Bouddha. Arrivant des Indes il demande un entretien à l'empereur Wu de la dynastie des Liang, protecteur du bouddhisme en Chine à cette époque. Il explique à ce dernier que malgré ses louables efforts, il fait erreur sur la nature du bouddhisme. D'après cet individu nouvellement arrivé et donnant des leçons, le seul mérite de toute chose réside dans la compréhension de leur inexistence. Pour Traduire les paroles de Bodhidharma, le bouddhisme n'est pas dans les temples, les statues dorées, les images pieuses ou encore dans les rituels, il fallait supprimer tout le faste visant à célébrer le bouddhisme en Chine, car tout cela ne valait rien au regard de la recherche de l'illumination. Dans la méditation seule réside le chemin de la vérité. Potitamo ne proposait pas moins à l'empereur que la remise en cause de tout un système auquel il avait consacré sa vie. L'empereur le prit très mal et à la limite de le faire exécuter, il congédia Bodhidharma. Celui ci se réfugia au monastère de Shaolin.

 BODHIDHARMA ET LE MONASTÈRE DE LA PETITE FORÊT

Le monastère de la Petite Forêt est situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Deng Feng, non loin de Luo Yang, la capitale régionale du He Nan. Ce temple était déjà très connu avant l'arrivée de l'Illuminé. En arrivant au monastère Bodhidharma commença une longue méditation, immobile, devant un mur. Pendant, ses trois années de veille, le Prince se laissa aller au sommeil. Alors à son réveil, furieux de sa faiblesse, il s'arracha les paupières et les enterra. Ceci donna naissance à un buisson dont les feuilles avaient la propriété de tenir les yeux ouverts. Ses disciples chinois récoltèrent les graines et ainsi commença la culture du thé. Cette découverte lui permit de prolonger sa méditation six longues années et il parvint à l'illumination. Le Dhyâna ou l'art de la méditation, devint selon une nouvelle transcription chinoise, le Tian-Na, puis le Chan-na (Tchan Na). Lorsque Bodhidharma voulut transmettre son enseignement aux bonzes chinois, il leur trouva une condition physique déplorable et incapable de supporter l'immobilité que leur imposait la méditation. Il leurs imposa des formes gymniques, plus ou moins guerrières étudiées pendant sa jeunesse sous la direction de son père. Il mit donc au point une méthode connue sous le nom évocateur de " Nettoyage des muscles et des tendons, purification de la moelle et des sinus le Shi Ba Lo Han She (Shih Pa Lohan Sho).Cette méthode mi-gymnique, mi-martiale fut considérée par certains comme étant à l'origine même des diverses pratiques martiales réputées du Monastère de la Petite Forêt... donc de la plupart des Arts Martiaux Chinois (Wushu ) et, ce faisant des origines profondes des Arts Martiaux. De par ce simple fait il fut donc admis par de nombreux historiens, principalement japonais, que Bodhidharma, était le créateur, ou du moins l'initiateur, des Arts Martiaux Chinois dont l'ancêtre commun était le Kalaripayat Arts Martial Indien. Dans les faits il est avéré que l'art du poing était déjà évoqué par Sunzi (Sun Tseu) dans ses " Treize chapitres sur l'Art de la Guerre ". L'ouvrage écrit au quatrième siècle avant notre ère, traite entre autre, de l'Art du Poing (Quanfa ou Chuan Fa) et en conseille l'usage aux officiers environ huit siècles avant la venue de Potitamo en Chine. On sait que le Taijiquan, le Bagua Zhang, le Xingyi Quan sont issus du courant Taoïste et inspiré du Daoyin qui est également bien antérieur à la venue de Bodhidharma.

LES MONASTÈRES DE SHAOLIN

Pour le monastère de la petite forêt il y a souvent confusion, en effet, si le Monastère Shaolin du Songchan dans le He Nan, au centre de la Chine, est bien celui qui a reçu la visite de Bodhidharma, il a existé, en réalité cinq monastères de Shaolin.
le second, fondé en 756, était situé à Quangzhou, sur la cote est. Le troisième, fondé en 1341, situé dans le sud prenait le nom de Honglong (Dragon rouge) tandis que le quatrième et le cinquième se situaient dans les environs de Putian (Fu Kien) et Chengdu.
De fait, le monastère réputé pour ses pratiques martiales les plus souvent décrites était celui de Quangzhou.
C'est dans ce monastère que prit naissance la légende du couloirs mythique. L'épreuve consistait pour quitter le monastère à vaincre 108 mannequins de bois et de fer savamment articulés, d'éviter des pièges mortels sur le passage menant à la sortie. Une fois au bout, il y avait l'obligation pour libérer le passage de soulever en étreignant de ses avant-bras, une urne chauffée au fer rouge pesant deux cent kilogrammes. Il se gravait alors à jamais les sceaux de Shaolin, le dragon et le tigre. Deux emblèmes qui inspiraient le respect, car aux yeux de tous, ces marques indélébiles signifiaient la parfaite maîtrise de soi. Tel étaient les conditions pour quitter le temple et retourner au monde extérieur. C'est aussi au monastère de Quangzou que l'on doit les "Cinq Styles de Shaolin "

Hung Gar, Li Gar, Choi Gar, Mo Gar, Liu Gar.

Ces écoles portes les noms des cinq moines rescapés lors de la destruction par les Mandchous du monastère de Songchan en 1644. Le temples à cette époque et ses moines guerriers aux inquiétantes connaissances du combat, symbolisait la résistance contre le pouvoirs en place. C'est donc principalement dans le monastère de Shaolin du sud que prit place la tradition martiale.

 

LE STYLE HUNG GAR

A l'heure actuelle la plupart des arts martiaux chinois externes « Weijia » sont organisés en deux groupes distincts:

  • Le Nan Quan qui regroupe toutes les pratiques issues de Chine du sud
  • Le Chang Quan qui regroupe toutes les pratiques issues de Chine du nord

Le Hung Gar est un Kung Fu Wushu du sud, il appartient au groupe de classification de Wushu externe « Weijia », à différencier des pratiques internes « Neijia ». Cette boxe de tradition Shaolin, est caractérisé par des mouvements courts mettant en œuvre essentiellement les membres supérieurs, pour les frappes, les blocages ou les interceptions. Le travail des jambes impose des postures solides et puissantes. Même si il existe un lexique de frappe avec les pieds comparable au pratique du Wushu du nord, l'accent dans les Tao Lu du sud est mis sur la résistance structurale des appuis.
La boxe de Shaolin prône la non violence et une réponse intelligente à celle-ci. L’impressionnante variété des techniques du Hung Gar permet de s'adapter à un acte d'agression. Il convient toujours dans la pensée bouddhiste de ne pas rechercher dans l'absolue une solution maximale et définitive. Seule une situation extrême peut entraîner une réaction extrême. La connaissance martiale du Hung Gar est consigné dans des Tao Lu, le tao est une chorégraphie martiale organisant des enchainements technique. On évolue dans ce type d'enseignement de façon progressive, en allant des fondements, vers les concepts les plus évolués.
On distingue différents travail pour la pratiques du Hung Gar, le combat à mains nues qui fait intervenir des frappes avec les mains et les pieds, le travail de lutte quand on est au corps à corps (projections, prises de soumissions) et le maniement des armes, dont le bâton reste incontestablement l'instrument principale du bonze.

LE STYLE CHEN

le Taijiquan du clan Chen fait parti des pratiques interne « Neijia » et est issus de la pensée taoïste. Les boxes internes ont pour particularités d'intégrer les principes de la médecines chinoise et certains concepts du Yi King.
Le
Yi-king est une science millénaire qui émane de l'antique sagesse chinoise sur le sens à donné aux actes de notre vie. Un des points d'orgue de cette idéologie étant le principe du ying et du yang, l'expression « une once de ying pour une once de yang, voilà la voie du tao » permet de se faire une idée de la juste répartition proposé par cet enseignement. D'autres notion tel que distinguer le plein du vide, les ouvertures et les fermetures du corps, trouver la détente dans la fermeté ou encore le travail spiralé de l'énergie (enrouler le fil de soie) organise la pratique du Taijiquan.
L'apprentissage de cette discipline martiale se fait dans la lenteur pour les principales raisons décrites ci dessous:

  • éliminer les tensions inutiles

  • pratiquer une respiration profonde

  • étirer la colonne vertébrale pour facilité la circulation de l'énergie

  • prendre conscience du plein et du vide et coordonner le haut et le bas

  • acheminer l'énergie du centre vers la périphérie

  • recycler et retourner l'énergie trouble au Dan Tien (centre)

Ce sont là certains concepts qui distinguent les pratiques internes des pratiques externes. Au delà de ces différences, d'autre points unissent ces pratiques et rassemblent les disciplines externes et internes dans leurs finalités. Un seul et même but à atteindre dans l'art du wushu, l'unité du corps et de l'esprit dans la maitrise des arts martiaux.

LE WUSHU AUJOURD’HUI

C'est plus de 400 styles répertoriés, dont certains sont plus connus que d'autres. Le wushu aujourd'hui vit une réorganisation dans la volonté de ses dirigeants d'exister sur le plan sportif. L'uniformisation de la pratique a permit de proposer une version sportive des arts martiaux et ainsi de sortir le kung fu des champs de bataille et d'en faire une pratique de compétition artistique souvent esthétique et élégante. Le Sanda (boxe chinoise) incarne lui la vision moderne du combat et peine encore à rivaliser avec d'autres boxes pied poing, mieux connues en occident tel que le kick boxing, le full contact ou la boxe thaïlandaise. Pour les puristes attachés à une pratique plus authentique, il reste toujours la pratique du Wushu traditionnel, qui place les principes d'efficacités martiale au premier plan. Le kung fu wushu fait parti de la légende et continu de faire les beaux jours du cinéma. Le deuxième opus de la société Disney « Kung Fu Panda 2» ou encore le film Ip Man qui relate la vie d'un expert du Wing Chun, sont là pour en attester. Ces types de productions participent à l’expansion de nos pratiques.

Le Wushu en France souffre de ne pas être un mouvements unifié. Trop de dirigeants, de fédérations et d'idées reçus. Il serait souhaitable que les représentants de nos disciplines, deviennent raisonnables pour ne pas pénaliser nos pratiquants et qu'enfin la pratique puisse se développer à l'écart des guerres de pouvoirs. C'est ce qu'on peut souhaiter de mieux pour un développement serein du Kung Fu Wushu.

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