LA NATURE MARTIALE DU TAIJI QUAN

Wang-ZhanjunNous sommes en l’an 1600 de notre ère dans le village de Chenjiagou en terre chinoise. Un chef militaire dénommé Chen Wanting commande les garnisons de Wen Xien. Ce spécialiste de la boxe du nord, réfléchit à associer les principes du Yin et du Yang à l’art du combat. Il en fait une boxe efficace, fluide et déliée, des caractéristiques plutôt méconnues en occident de nos jours. L’évolution de l’art du Taiji Quan repose sur l’usage des principes yin et yang inscrits dans la culture chinoise et à la source de toute chose. Ces notions antagonistes répondant de l’équilibre du vivant, tout n’étant qu’une question de justesse.
Pour la boxe du Taiji, l’une des focales, vise au développement d’un système capable de réfracter l’énergie de l’adversaire. Une phase d’absorption pour une phase de répulsion.

Précisons le contexte de l’époque:
la guerre, le pillage, le rançonnage et la violence sont choses courantes. Dans ces temps incertains, vivre reste une priorité et protéger ses biens une gageure. On peut imaginer que de telles circonstances amènent un chef militaire à parfaire sa boxe jusqu’à l’obsession.
Les premiers temps du Taiji Quan comme la plupart des arts martiaux trouvent leur origines sur les champs de bataille. La pratique du Taiji Chen restera longtemps un secret de famille, enseignée de père en fils. Le clan Chen produira des miliciens affectés à la protection des biens et des villages. L’histoire comptera certains épisodes troubles où le clan aidera à mater des rébellions aux côtés des puissants et Chen Wanting, considéré comme le père du Taiji Quan symbolisera la pierre angulaire du développement des différents styles. On dénombre aujourd’hui cinq grandes familles de pratiques différenciées : les styles Chen, Zaobao, Wu, Tsun et Yang, il en existe d’autres, mais j’évoque ici les plus connus.

Où en est la pratique du Taiji Quan aujourd’hui ?

En occident des espoirs sont fondés dans le monde médical sur une pratique thérapeutique.
Des marchands de bien être, l’utilise comme moyen de surfer sur les vagues de la mode et des tendances.
Parfois il est un outil dans les clubs de sénior pour tisser du lien social.
Et plus rarement, enseigné comme une boxe chinoise fière de sa réputation.

Le Taiji Quan est un art martial.
Posons nous la question, de ce que le Taiji Quan sous cette forme a de plus à offrir?
Beaucoup d’enseignants que j’ai rencontré sont réticents à traiter la nature martiale du Taiji quan, pourtant ce versant du taiji ne discrédite en rien le travail sur l’énergie et le développement du « Gong ». Au contraire c’est au travers cette trame que nait le « Yi », l’intention est la véritable nature de la discipline et s’acquiert avec la connaissance du travail à deux. C’est dans ce sens que le corps et l’esprit ne feront plus qu’un.

Je souhaite que l’art du taiji continu de ce développer dans cette voie, que nous enseigne encore certains grands maitres de Chine. Cette boxe ne doit pas perdre sa nature profonde!
Elle est autre chose qu’un simple médicament en prescription, rappelons que le Taiji Quan au delà de l’image spirituelle entretenue par notre institution est aussi une science du combat comme sa particule « Quan » nous l’indique.

Je souligne que les grands maîtres de Taiji Quan, ont tous été ou le sont encore de redoutables combattants. C’est une indication qui à mon sens rend compte de l’état de spiritualité profonde qui peut résulter de telles aptitudes. Des aptitudes qui peuvent sembler en contradiction avec les concepts de sagesse ou de piété. Il en ressort que la capacité de ces hommes à devenir des exemples, réside et cela peut être avant tout autre considération, dans cette dimension de leur être.

Maitre Michaël Moussa Diallo